Ondes de choc - une émission réalisée au centre de détention de Toul
Les ondes passent le mur !
Il y aurait beaucoup à dire à propos de cette émission. Enormément de souvenirs me reviennent en tête quand je pense à Onde de choc. "Accepteriez-vous de vous rendre en prison afin de réaliser une émission de radio avec des détenus ?", m'avait-on demandé lors de mon entretien d'embauche. "Oui, peut-être, je ne sais pas", avais-je probablement répondu en mettant les formes. Puis il y eut la rencontre avec Jean-Paul, un éducateur à l'initiative de ce projet. Une personne à l'écoute, rassurante. Il y eut cette première découverte du milieu carcéral. Les grilles qui s'ouvrent et se referment derrière vous. Les serrures, d'autres serrures et encore des serrures. Les gardiens et les gardés. Il y eut surtout l'étonnement tout personnel de ne pas avoir peur. Mal à l'aise, effectivement, un peu, mais plus par peur d'être mal compris ou de mal comprendre que par crainte d'affronter le regard de ceux qui sont passés de l'autre côté.
Il y eut des rencontres.
On essaye d'oublier, on se dit qu'il ne vaut mieux pas savoir pourquoi. Ces personnes ont envie de partager, de s'exprimer. Oui, il y a de la souffrance. Comment pourrait-il en être autrement ? Mais je sens également beaucoup de pudeur. On oublie, on ne veut même plus savoir pourquoi. Au départ, l'émission Onde de choc dure 55 minutes et se voit diffusée sur Déclic mensuellement. Des détenus arrivent, d'autres quittent le projet et parfois, bonne nouvelle, la prison. Une heure d'émission où l'on débat autour d'une table sur la vie derrière les murs, sur l'autre vie, celle d'avant, sur la religion, la philosophie, la politique et sur bien des sujets de société. Mais l'iconoclasme ne surgit pas forcément de là où on l'attend. Parfois il se manifesta au détour d'une conversation sur la musique ou... la pêche à la truite. Beaucoup de bons souvenirs. Beaucoup "d'espoirs" également de la part des détenus-animateurs qui me demandèrent chaque mois ce que pensaient les auditeurs de l'émission. Et moi, gêné, de répondre que je ne connaissais pas personnellement les dits-auditeurs et qu'ils ne me donnaient donc pas de leurs nouvelles. Mais cette émission était dès le début plus qu'utile. Non seulement elle était vraiment réussie, objectivement intéressante, mais au-delà, tout se trouvait résumé dans l'accroche de l'émission : Ondes de choc, les ondes passent le mur. Quand des personnes privées de liberté peuvent parler à celles et ceux qui n'ont pas conscience de la leur, on sait qu'on tient là une vraie action citoyenne. D'ailleurs, l'émission fut retenue parmi 100 autres actions en 2003 dans une revue exceptionnelle éditée par le Conseil Général de Meurthe-et-Moselle, Vivre et agir ensemble.
Il y eut des doutes.
Des incompréhensions, des animateurs qui s'éloignent, des "piliers" de l'émission qui sortent des murs... et tout est à reconstruire. On faillit ne plus y croire. Puis nous eûmes avec les très dévoués enseignants du centre l'idée d'une autre formule. Pas forcément meilleure, mais plus simple à mettre en place pour faire repartir la "machine". C'est cette nouvelle formule que je vous invite à découvrir. La première semaine de chaque mois, du lundi au samedi, cette fameuse "Onde" de choc s'invite sur les bonnes "ondes" de Déclic cinq petites minutes. Une quotidienne consacrée plusieurs jours d'affilée à une thématique particulière : Le système solaire, la chasse, la littérature... tout simplement ce qui fait partie de la vie, du passé, du quotidien, des souvenirs et des projets de nos chroniqueurs du centre de détention de Toul.
En prison, les individus sont privés de nombreuses libertés individuelles, dont, d'une certaine manière, la liberté d'expression. Cette émission la rétablit en partie. Dès lors, en réagissant à leur travail, en nous donnant vos impressions et vos éventuelles attentes, vous accomplissez un acte fondamental et nous prouvez que cet action a non seulement un sens mais qu'en plus ce dernier n'est pas unilatéral. Merci à vous.